Hoaxes anti-migrants

La crise migratoire qui touche l’Europe a vu, depuis 2015, exploser le nombre d’hoaxes anti-réfugiés. Selon un des derniers en date, des migrants auraient incendié une église allemande au cri de « Allahu Akbar » lors du Nouvel An.

Ce récit de profanation n’a rien de nouveau : en décembre, une fausse information circulait déjà, concernant l’inflammation d’un sapin de Noël par les mêmes migrants. Enfin en juillet et août 2016, c’est des images montrant supposément des réfugiés pique-niquant dans un cimetière ou encore urinant contre une église de Munich qui enflammèrent la toile.

En nous penchant sur ces hoaxes de profanation, on découvre des procédés similaires, comme la déformation d’éléments réels ; et des caractéristiques narratives qui se répètent, d’une manière générale, d’un hoax à l’autre. Preuve, si l’en est, que nous avons bien affaire à des « légendes », qui s’enracinent en particulier dans une christianophobie ressentie et perçue, ainsi qu’une peur de l’  « islamisation » de l’Europe.

Le monde en simplifié

Relayés par la fachosphère, les hoaxes anti-réfugiés se présentent généralement comme des faits-divers. Ils se veulent cependant représentatifs d’une réalité plus large. Ils catalysent les émotions négatives des lecteurs, par des faits choquants qui jouent notamment sur une confrontation extrême entre deux antagonismes : générosité du pays d’accueil / comportement déviant ou mépris des migrants pour les biens qui leur sont fournis gratuitement ; indifférence des autorités face aux SDF « nationaux » / conditions d’accueil « luxueuses » offertes aux migrants…etc. Des légendes urbaines, ils partagent une représentation simple et manichéenne du monde, où la nuance n’a pas sa place.

Ils partagent des légendes aussi le peu de profondeur psychologique des personnages, réduits au rang de stéréotypes : le migrant envahisseur, profanateur de sa terre d’accueil, « cheval de Troie » du terrorisme ou profiteur déguisé du système. Ou les autorités internationalistes et droit-de-l’hommistes faisant payer aux « nationaux » le prix de leur leçon de générosité, privilégiant l’aide apportée aux étrangers dans une sorte de « préférence nationale » inversée. La dimension morale est sous-jacente : ces récits illustrent les conséquences d’une politique qui aurait ouvert les portes de l’Europe à des loups déguisés en agneaux.

Enfin, si l’on s’intéresse à la structure de ces hoaxes, on remarque qu’ils pourraient être facilement groupés en scénario-types : des mini-paniques localisées annonçant la venue de milliers de migrants aux exemples d’avantages luxueux offerts aux migrants (hôtel, carte de crédit, séjour aux thermes, château…etc), comparés à la situation des SDF… Et les « hoaxes de profanation », qui feront l’objet ici de notre analyse.

Histoires de profanations

Les hoaxes de profanations utilisent des procédés « techniques » similaires. Ils sont basés sur des éléments réels, présumés incontestables : article de presse, photographie, vidéo. Mais à y regarder de plus près, on constate pour ces récits un déplacement du contexte original (où, quand, comment?), dont les images ou articles de presse locale se font le relais, pour correspondre à un sens attendu. On retrouve une manipulation parfois subtile des faits, qui s’appuie sur l’ambiguïté d’une image ou les silences d’un texte, qu’elle soit consciente ou non.

L’image montrant des réfugiés en train de pique-niquer dans un cimetière a ainsi été prise dans un cimetière entre la Croatie et la Serbie selon les Debunkers des hoaxs. Les réfugiés en question se sont effectivement installés dans un cimetière pour se reposer dans un contexte de fermeture des frontières entre la Serbie et la Hongrie et de tension dans la gestion des migrants entre la Serbie et la Croatie, comme l’expliquent les Debunkers. Les réfugiés de dos face au mur d’une église de Munich étaient quant à eux en train de prier, comme le veut « la tradition des chrétiens orthodoxes en Érythrée et en Éthiopie » à l’extérieur de l’édifice. La crémation du sapin de Noël de Bruxelles a, en réalité, eu lieu à Anderlecht le jour du Nouvel an 2016, et est l’oeuvre d’un groupe de jeunes, dans un contexte de dégradations liées à la fête.

Une christianophobie investie par l’extrême droite

Le christianisme est la religion la plus persécutée dans le monde, et les lieux de cultes vandalisés en France sont, dans une très large majorité, des lieux chrétiens, note le Monde des Religions : « En France, sur 667 lieux de culte vandalisés en 2012, 543 étaient des sites chrétiens » selon le ministère de l’Intérieur.

Les réponses sont timides voire inexistantes du côté de l’Église catholique. Les actes anti-chrétiens ne sont pas comptabilisés par le ministère de l’Intérieur, à la différence des actes antisémites et anti-musulmans. Aucune demande en ce sens n’aurait été formulée par les représentants des églises chrétiennes auprès du ministère. Un manque de reconnaissance qui aurait conduit à la récupération de la christianophobie par des médias proches de l’extrême droite.

L‘Observatoire de la christianophobie fondé en 2007 s‘est, par exemple, fait la spécialité de recenser les « actes anti-chrétiens » en France. Indépendant des autorités religieuses, il édite chaque mois un rapport statistique, et des articles qui recensent chacun de ces actes, traités sur un pied d’égalité avec les persécutions des chrétiens à l’international. Il s’appuie en grande partie sur des sites d’extrême-droite pour ses informations, tels que Fdesouche, Novopress ou Riposte Catholique.

Pour ces médias, les actes anti-chrétiens trouveraient notamment leur origine dans l’islamisation de la France. Les vandalisations des lieux de culte chrétiens apparaissent « rarement fondés sur une idéologie précise » relève pourtant le ministre de l’Intérieur. « La plupart sont des dégradations, des vols d’objets ou encore des actes de simple vandalisme ». Il est également à noter que sur 100.000 édifices religieux en France, plus de la moitié sont chrétiens, contre 2.500 lieux de culte musulman et 500 synagogues.

Un concept d’islamophobie retourné

Les hoaxes anti-réfugiés prospèrent particulièrement sur des médias comme l’Observatoire de la christianophobie. Ils transforment des attaques xénophobes en simple dénonciations à partir de faits objectifs. Par un procédé qui ressemble à celui du racisme anti-blanc, on retrouve le retournement d’un concept emprunté au camp adverse (celui de l’islamophobie). Les actes christianophobes étant un moyen de se poser en victime à la fois d’un islamisme dont seraient porteurs les réfugiés, assimilés à des envahisseurs qui profanent églises et cimetières sur leur passage ; mais aussi d’autorités publiques aveugles aux attaques contre la chrétienté, voire complices.

Image à la Une : Croix d’une église de Marciac par Pittou2 (Source : FlickR)

Sources

Sites des Debunkers des hoaxes et Hoax-net.

Mikael Corre. La nouvelle croisade des catholiques intégristes. Le Monde des Religions, octobre 2013.

Profanations des lieux de cultes, des cimetières, faits et chiffres. Et surtout: manipulations des ultras cathos. Debunkers de hoax, janvier 2015.

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